Solitude du dirigeant : et si c'était un besoin que vous n'avez jamais nommé ?
Vous dirigez, vous enchaînez les réunions, vous êtes entouré du matin au soir. Et pourtant, il vous arrive de vous sentir profondément seul. Cette solitude du dirigeant n'a rien d'un manque de contacts. C'est autre chose, de plus sourd, et de bien plus fréquent qu'on ne le croit.
La bonne nouvelle, c'est que derrière ce mot « seul », il y a presque toujours un besoin précis. Le nommer, c'est déjà commencer à en sortir.
Être seul, mais entouré
Il y a quelques jours, un client pose un ressenti simple et très commun : « Je me sens seul. »
En coaching, mon premier réflexe est toujours le même. Rentrer dans le dur, le concret. Parce que « seul », ça ne veut rien dire. Alors je lui demande ce que ça signifie vraiment pour lui, se sentir seul. Et là, ça se précise.
Il m'explique qu'en réalité, il est plutôt bien entouré. Head of sales, membre du CODIR, il enchaîne les réunions et les déjeuners clients. On n'est donc pas sur une solitude relationnelle. C'est autre chose.
Il parle d'une solitude dans son discours. Il a l'impression d'être clair, de donner du sens, et en face on ne comprend pas, on se rebelle. Puis d'une solitude de statut. Il ne se sent plus membre de son équipe, son niveau hiérarchique l'a mis à part.
Une partie de moi se demande alors si c'est une perception ou une réalité. On le travaillera plus tard. Ce qui compte d'abord, c'est de poser des mots précis sur son ressenti.
Ici, la solitude ne se réduit pas à l'isolement social. C'est ce que le sociologue Robert Weiss avait mis en évidence dès 1973 : on peut être parfaitement entouré et souffrir d'une solitude émotionnelle, qui n'a rien à voir avec le nombre de personnes autour de soi.
Ce que votre solitude dit de vous : les 5 besoins
Une fois que vous avez mis des mots sur ce qu'est pour vous la solitude, une question se pose : de quoi avez-vous réellement besoin pour en sortir ?
Derrière le mot « seul », il y a presque toujours l'un de ces cinq besoins :
L'attachement : avoir un confident, quelqu'un avec qui échanger vraiment.
L'intégration : se sentir membre à part entière du groupe.
La reconnaissance : être reconnu dans sa contribution, dans sa légitimité.
L'alliance : sentir qu'on peut compter sur d'autres membres du comité.
La guidance : être accompagné dans les crises et les décisions, pour prendre du recul et avancer.
Lequel est le vôtre ? Parce que le geste à poser n'est pas le même selon la réponse.
Je le sais pour l'avoir vécu. Quand j'ai lancé mon activité, je courais les réseaux, les coworkings, les événements. Entourée en permanence, à discuter avec des dizaines de personnes. Et profondément seule dans ma pratique.
Le jour où j'ai mis un mot sur mon besoin, tout a changé. Je n'avais pas besoin d'être entourée. J'avais besoin d'être challengée. C'est pour ça que je me suis fait superviser. Sortir la tête du guidon, être bousculée sur ma pratique. Pas plus de monde autour. Le bon regard, au bon endroit.
Pourquoi nommer change tout
Tant que vous restez dans le problème et dans l'émotion, vous tournez en rond dans votre tête. Vous nourrissez des croyances. Vous alimentez ces fameux pilotes automatiques, ces petites voix qui vous sabotent et vous font réagir sur la base de vos émotions plutôt que des faits.
Nommer le besoin, c'est transformer un problème flou en quelque chose à résoudre. Et un problème à résoudre, c'est infiniment plus simple qu'un brouillard permanent qui vous fait avancer au doigt mouillé, en réaction.
Subir ou choisir sa solitude
Au fond, être seul n'est pas toujours négatif. La vraie différence se joue entre subir la solitude et la choisir. Il est tout à fait possible de s'en servir comme levier, pour prendre du recul, décider, avancer.
Car la solitude subie d'un manager a des conséquences en chaîne sur toute l'organisation. Il interagit moins avec ses équipes, s'engage moins, évite les feedbacks constructifs, se referme, et installe peu à peu une culture de la méfiance.
Que faire concrètement
Si vous aussi vous vous sentez seul, commencez par trois choses :
Exprimez ou notez ce que « être seul » veut dire réellement pour vous. Comment cela se traduit dans votre quotidien et vos ressentis ?
Mettez des mots sur vos besoins : attachement, intégration, reconnaissance, alliance, guidance.
Posez-vous la vraie question : de quoi ai-je besoin concrètement, au quotidien, en mettant de côté tous les « il faut que » et les « je dois » ?
Si vous avez du mal à le faire, prenez l'air. Vous y reviendrez plus tard.
Ensuite, à chaque besoin son geste :
Attachement, intégration ou guidance : trouvez un ou deux pairs de confiance, en dehors de votre ligne hiérarchique (ni N+1, ni N-1), avec qui être sans filtre et échanger des retours d'expérience. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai créé Le Paddock (vérifiez votre éligibilité ici).
Reconnaissance : demandez du feedback à partir d'une question précise, par exemple « selon toi, quelle est ma contribution au sein du CODIR, de l'entreprise, de l'équipe ? ».
Alliance : ce besoin est souvent lié à un manque de clarté. Remettez à plat l'organisation avec votre équipe (qui fait quoi), instaurez des rituels de coordination, rappelez les engagements mutuels.
Dans tous les cas, rappelez-vous une chose : vous avez toujours le choix. Subir ou choisir, là est toute la différence. Même quand ce n'est pas facile à faire.
La performance commence par vous.
Le Paddock
L'accélérateur de performance pour executives, head of et managers qui veulent devenir des leaders à impact. Un cercle confidentiel, avec des dirigeants qui vivent les mêmes choses, pour voir vos angles morts, mettre des mots, et en faire quelque chose qui vous rapproche de vos objectifs.
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Marine Villalon Favia
Coach Leadership certifiée et praticienne BMO (neurosciences)
10 ans à développer des marchés en Europe avant de créer mon entreprise en 2020. Depuis, 150+ dirigeants accompagnés, +20 000 managers suivent ma méthode sur les réseaux.
Ma mission : révéler vos angles morts pour que vous dirigiez avec impact, pas par la force.
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Sources
Robert S. Weiss, Loneliness: The Experience of Emotional and Social Isolation (1973) : distinction entre solitude émotionnelle et sociale, et les « social provisions » (attachement, intégration, reconnaissance de la valeur, alliance, guidance).
Russell, Cutrona et al., Social and emotional loneliness: An examination of Weiss's typology of loneliness, Journal of Personality and Social Psychology, researchgate.net